29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 12:29

 


Notre amie l'abeille est apparue sur terre, avec les premières plantes, voici des millions d'années, bien avant l'homme... Elle fut domestiquée depuis la plus haute antiquité, convoitée pour son miel, gelée royale, pollen, propolis (1)...Elle fut vénérée et associée aux Dieux.
Les plus anciens de nos villages se souviennent qu'à la fin du XIXème, début du XXème siècle, presque toutes les fermes possédaient des ruches, quelquefois seulement 2 ou 3. Nos abeilles vivaient alors, en ces temps pourtant tellement proches, en toute harmonie avec l'homme et la nature...

L’entreprise apicole, comme toutes les activités de la société, est entrée dans l'ère artisanale et industrielle avec des techniques nouvelles. Actuellement, une entreprise moyenne exploite environ 300 ruches. Chaque ruche abrite une reine, le couvain (2), des faux-bourdons (mâles) cohabitants provisoires, et entre 25000 et 70000 abeilles, qui sont des animaux intelligents, sociaux et organisés, chiffre à l'apogée des activités en été et qui se réduira à 6000 individus environ en période hivernale.
Leur dépérissement généralisé dans le monde a été observé depuis les années 1990. Un véritable signal d'alarme fut tiré à l'automne 2006 : perte entre 30 et 90 % aux USA où l’on parle de syndrome d'effondrement(3) des colonies (CDD : Colony Collapse Disorder). Le même phénomène a été observé en Europe, certaines colonies ayant disparu à 90 %. Du jamais vu !

Les conséquences économiques sont désastreuses pour les apiculteurs, mais plus encore pour la pollinisation (4) qui s'est perpétuée de la sorte depuis des millions d'années. 35 % de notre nourriture dépend de la pollinisation, notamment les cultures maraîchères (oignons, concombres, melons, …), les arbres fruitiers, les cultures d’arachide. Dans certaines régions du monde, la disparition d'insectes pollinisateurs oblige des agriculteurs à polliniser … à la main !!! (voir ci-dessous le reportage réalisé en Chine par National Geographic, et diffusé sur Daily Motion).


 

Chercheurs et apiculteurs avancent de nombreuses hypothèses quant à cette disparition :

OGM, ondes électro-magnétiques, pesticides, pollutions, changement climatique (les températures anormalement élevées en janvier 2008 ont réduit l'hibernation), raréfaction des fleurs, virus, maladie, parasites, champignons,... ? Actuellement les sources de dégradation de leur environnement et les atteintes à leur santé sont telles qu'il pourrait s'agir d'une combinaison de facteurs surpassant la résistance des abeilles.

La destruction de milliers de colonies d'abeilles chaque année est imputable à l’utilisation de pesticides, utilisés depuis 50 ans dans tous les pays. Il semblerait qu'en France, depuis la suspension du Gaucho en 1999 et du Regent en 2004, il y eût une légère amélioration. Mais l'utilisation du CRUISER vient d'être autorisée alors que son principe actif appartient à la même famille que celui du GAUCHO et du REGENT.

Quelques études mettent l'accent sur les ondes électromagnétiques, téléphones portables, antennes relais, ligne à haute tension, qui perturberaient les abeilles et pourraient être une des raisons de leur non retour à la ruche et de leur disparition dans la nature.

Une autre cause pourrait être la perte d'espaces naturels dans le monde, avec des prairies de plus en plus rares cédant la place à une agriculture très pauvre en biodiversité. Les ressources alimentaires seraient appauvries, le pollen étant l'unique source de protéine des abeilles. Les autres insectes pollinisateurs en seraient également affectés.

De plus, des parasites comme le champignon unicellulaire Nosema Ceranae (apparu pour la 1ère fois cette année dans l’Est de la France), l’acarien Varroa destructor ou la loque européenne font des ravages dans les couvains, nécessitant le traitement des ruches avant l’élevage des couvins (janvier-février). Ces traitements, s’ils sont mal dosés, peuvent entraîner à leur tour une forte mortalité des abeilles (des traitements à base d’antibiotique sont utilisés aux USA, mais leur efficacité n’est pas prouvée et leur mise sur le marché en France n’a pas encore été autorisée).

Le centre Agroscope L.P. à Berne (station suisse de recherche apicole) estimait fin 2007 que tous ces phénomènes prenaient des proportions de plus en plus fréquentes et importantes.

Pour couronner tous ces malheurs, le redoutable frelon Vespa Valentina, arrivé accidentellement de Chine, dévore les survivantes butineuses. Il est déjà très répandu dans le sud ouest de la France ou il s'adapte très bien.

Le tableau est donc plutôt inquiétant.


De ma conversation avec deux apiculteurs locaux

Il ressort que les techniques d'élevage, actuellement, sont au top de la technologie, me laissant ébahie : savez vous que l'insémination artificielle de la reine se pratique depuis 30 ans en ayant recours à des banques de mâles, ce pour une meilleure sélection, et que l'anesthésie s'effectue au CO2 ?

Il semblerait que la mortalité n'ait pas été constatée dans notre secteur proche, mais dans les contrées voisines, dans le Rhône, dans les monts du lyonnais au cours du printemps dernier, avec 60 % de mortalité.

Ils s'inquiètent de l'utilisation du Cruiser, graine enrobée à enfouir, insecticide neurotoxique qui pourrait être dangereux (Henri Clément, président de l'Union Nationale des Apiculteurs Français, affirme que ce produit a provoqué l'hécatombe de 40000 ruches en Italie, le thiaméthoxane qu'il contient ayant été retrouvé dans les abeilles mortes).

Nos spécialistes déplorent une agriculture, notamment celle du maïs, qui ne varie pas, se perpétue d'année en année, épuisant la terre et nécessitant l'usage intensif d'insecticides pour lutter contre la pyrale du maïs  (5) (photo ci contre) ou la chrysomèle du maïs dont les larves survivent grâce à l'ensemencement de la même céréale sur les mêmes parcelles, sans compter les engrais qu'une culture non diversifiée rend encore plus nécessaire! (en ce qui concerne la chrysomèle, voir les articles des 2 novembre 2007, 18 février 2008 et 4 août 2008 postés sur ce blog).

A ma question sur la substitution possible d'autres insectes pollinisateurs, la réponse est négative : il y aurait les bourdons Bombus, cousins de l'abeille, extrêmement actifs à la pollinisation, mais ne vivant qu'à l'état sauvage et en toute petite colonie. Ils font l'objet d'études...mais ne sont-ils pas eux aussi aussi menacés?

Enfin, ils me disent la mauvaise foi des revendeurs d'insecticides et autres produits envers les apiculteurs concernés:
                « Vous avez de la mortalité ? Prouvez le nous : montrez nous les cadavres ! »
...
Difficile....quand nos butineuses meurent à l'extérieur, désertant la ruche, ne sachant plus retrouver le chemin du retour....


"Ils me disent....leur inquiétude

... alors, l'année prochaine,
même si c'est une goutte d'eau,
je sèmerai des jachères fleuries échelonnées,
et qui sait,
c'est tellement joli ces fleurs diversifiées en groupe,
si je ne gagnerai pas un prix
pour le concours du fleurissement du village !"


Article rédigé par
Danièle Jacquet
 


 [1] La propolis est un matériau recueilli par les abeilles à partir de certains végétaux. Cette résine végétale est utilisée par les abeilles comme mortier et anti-infectieux pour assainir la ruche. Elle est récoltée pour ses propriétés thérapeutiques.

[2] Le couvain est l'ensemble des oeufs, larves et nymphes, protégés par les nourrices (ouvrières d'abeilles).

[3] Le syndrome d’effondrement, selon Wikipedia, décrit le fait que des abeilles domestiques, subitement, à n'importe quelle époque (hors hiver où la ruche est en quasi-sommeil) ne rentrent pas dans leur ruche. L'absence de cadavres dans la ruche ou à proximité est le second critère définissant ce nouveau syndrome.

Des disparitions d'ouvrières ont déjà été observées par le passé, mais elles ont en 2007 des caractéristiques nouvelles jugées alarmantes par le MAAREC (Mid-Atlantic Apiculture Research and extension Consortium) :
·        
les abeilles "disparaissent" massivement, fait nouveau et très anormal chez ces insectes sociaux ;
·        
les pertes sont brutales : une colonie entière peut disparaître en une seule nuit ;
·        
aucune explication satisfaisante n'a été trouvée.
Curieusement, la reine abandonnée semble en bonne santé et souvent continue à pondre, alors qu'il n'y a
plus assez d’ouvrières pour s’occuper du couvain. Les quelques abeilles restées à la ruche (de jeunes adultes) semblent manquer d’appétit et la production de miel chute fortement.

[4] La pollinisation est le mode de reproduction privilégié des plantes. Il s'agit du processus de transport d'un grain de pollen depuis l'étamine (organe mâle) afin que celui-ci rencontre les organes femelles de la même espèce, rendant possible la fécondation.

[5] La pyrale du maïs est un papillon de mœurs nocturnes, de 25 à 30 mm d'envergure, dont les larves attaquent principalement les cultures de maïs, dont c'est le principal ravageur, et aussi d'autres plantes cultivées comme le tournesol, le houblon, le chanvre, les chrysanthèmes…



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Published by Villette Développement Durable - dans Biodiversité
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