2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 17:52



Certains d'entre vous ont peut être été surpris d'entendre un hélicoptère voler à basse altitude au dessus des champs de maïs au sud de la commune début septembre dernier (un même survol avait eu lieu pendant 2 jours au début de l'été).
2461-photo.jpgAprès quelques recherches sur Internet, j'ai trouvé qu'il s'agissait d'un traitement contre la chrysomèle du maïs suite à sa découverte dans un champ à Pusignan le 22 août.
Ce coléoptère originaire d'Amérique Centrale, a progressivement envahi l'Amérique du Nord, causant des dégâts considérables aux plantations de maïs (jusqu'à 80 de pertes de production). Il a été signalé la 1ère fois en Europe en Serbie en 1992 pour atteindre la France en 2002.
Vu les ravages faits par cet insecte, la France a mis en place une surveillance du territoire avec notamment 137 points de contrôle sur la région Rhône-Alpes en 2007, surveillance qui a jusqu'à présent permis d'éradiquer les quelques foyers découverts.
C'est la 1ère fois que sa présence était signalée dans la Région (un autre cas a été depuis découvert le 4 septembre à la Motte-Servolex en Savoie) et les préfets de l'Ain, de l'Isère et du Rhône, en lien avec la profession agricole et les maires des communes concernées (dont Villette d'Anthon), ont lancé (communiqué du 30 août) une campagne d'éradication qui a commencé le 3 septembre suivant les modalités suivantes :

- pulvérisation aérienne par hélicoptère d'un produit à base de deltaméthrine (20g/hectare) par vent inférieur à 3 sur l'échelle de Beaufort
- durée d'au moins une semaine
- pas de traitement à moins de 50 m des habitations et des cours d'eau
- nécessité de déplacer toutes les ruches à au moins 50 m des parcelles traitées (les doses utilisées rendant le produit toxique pour les abeilles)

Cette campagne m'amène les réflexions suivantes :

- de nombreuses habitations ainsi que l'école de Mons-Asnières (la rentrée avait déjà eu lieu) sont situées à beaucoup moins que 50 m des premiers champs de maïs : comment pouvons nous être sûr que la distance de 50 m a été respectée, au risque de ne pas traiter une partie des cultures ? Est ce que les familles ont été prévenues de ce traitement ?

- les cultures de maïs sont aussi très proches du marais de Charvas (une des seules zones humides de la région) : est ce que des précautions particulières ont été prises pour éviter un épandage sur cette zone ultra sensible ?  Il faut savoir que la deltaméthrine est un insecticide
classé  très toxique pour les organismes aquatiques, qui peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l’environnement aquatique. 

- la chrysomèle et sa larve ne se nourrissent que de maïs et ne peuvent proliférer plus d'une année qu'en cas de maintien de maïs sur les mêmes parcelles plusieurs années de suite. Les recommandations données par le Ministère de l'Agriculture dès 2002 étaient de favoriser les rotations culturales. 

- Il faut savoir de plus que le vecteur principal de transport de la chrysomèle est l'avion (le 1er cas en Europe était proche de l'aéroport de Belgrade et les 1ers cas en France en 2002 concernaient des zones proches d'Orly, de Roissy et du Bourget ). Pourquoi ne pas avoir imposer la rotation culturale qui de toute manière est maintenant imposée pour 3 ans dans un rayon de 10 km autour de Pusignan : que de pesticides auraient ainsi être évités. 

- les organisations d'apiculteurs iséroises n'ont visiblement été informées qu'à réception du communiqué du 30 août, soit 8 jours après la détection de la chrysomèle, ce qui les a amené à faire une lettre ouverte au préfet de région le 7 septembre (lettre dont voici quelques extraits et que vous pouvez consulter en cliquant 
sur le lien ci-après :

http://www.gds38.asso.fr/web/gds.nsf/8cb279f7ace047aac1256c0f004cf0d5/c5cd14990168237ac125734f005bc8d2!OpenDocument) :

...nous remarquons que votre communiqué nous informant est parvenu le 30 Août pour votre action d’épandage le lundi 3 Septembre, qui plus est, une veille de week-end. Nous avons bien du mal à comprendre comment un laps de temps aussi court à bien pu être choisi sans vouloir nous associer à ce genre de décision alors que, bien plus tôt et non au pied levé, d’autres parties ont été conviées, dès les piégeages des coléoptères le 22 août ? ...
... Enfin et sur le long terme, comment envisagez-vous les prochaines campagnes de luttes contre la chrysomèle ? Saviez-vous que la chrysomèle, comme tout autre espèce d’insectes, se reproduit uniquement parce qu’il y a accoutumance de la même culture, au même endroit et chaque année ? Ne serait-il pas plus profitable de mener des actions pour débloquer le gel des terres agricoles et permettre aux agriculteurs le loisir de pratiquer des rotations triennales de leur culture pour, justement, réduire les recours aux insecticides ? Pensez-vous que l’espèce humaine ne s’en porterait pas mieux ?

Michel Effantin
Président du Groupement de Défense Sanitaire Apicole
Eric Perret
Président de l’Abeille Dauphinoise
Frédéric Chasson
Président du Syndicat Apicole Dauphinois



Je ne sais pas si le préfet a répondu, et si oui, la nature de sa réponse, mais il y a beaucoup d'efforts à faire et de mentalités à changer pour diviser par 2 les pesticides à une échéance de 10 ans (mesure prise par le Grenelle de l'Environnement et qui vient d'être votée par ailleurs par le Parlement Européen) !

Article rédigé par André Mansiaux

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Published by Villette Développement Durable - dans Biodiversité
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